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Vous avez dit erreur ?

3072007

La famille Foulane n’en avait pas dormi de la nuit. Demain sera un grand jour. Au prix d’énormes sacrifices et de la mobilisation des efforts de tous, elle allait enfin réaliser son rêve. Elle avait en effet reçu les clefs du nouvel appartement qu’elle occupera désormais quelque part dans un quartier périphérique de la capitale. La joie était immense. Le cauchemar du propriétaire faisant le guet chaque fin de mois pour encaisser le loyer fera partie du passé, désormais. Et puis cette paix que vous procure l’idée que personne maintenant ne pourra vous jeter dehors n’a pas de prix.

Quand le jour se leva, la famille Foulane entreprit de boucler les derniers cartons et de faire un dernier tour dans cette modeste demeure qu’elle s’apprêtait à quitter pour vérifier une dernière fois que rien n’avait été oublié.

Puis, comme promis, à huit heures, le propriétaire du camion qui devait les aider à déménager sonna à la porte. Le déménagement pouvait commencer. En fait, il ne dura pas longtemps. La famille Foulane n’avait en fin de compte pas grand chose…juste le strict nécessaire, rien de superflu. Et puis, pour faire dans le superflu, il faut avoir les moyens. Or eux, ils étaient loin d’en avoir.

Le chef de famille, retraité de l’administration, était un vieux monsieur, visiblement marqué par les efforts accumulés durant une vie chargée d’épreuves. Un monsieur digne et spirituel. Un être attachant, n’accordant aucune importance aux choses matérielles. Un homme forçant le respect et s’efforçant, vaille que vaille et malgré son âge et sa maigre pension de retraite, de subvenir aux besoins de sa famille.

Son épouse, de quelques années seulement moins âgée que lui, est toujours étonnée lorsqu’elle franchit le pas, et c’est exceptionnel, de sa maison. Elle n’ a gardé pour unique souvenir du monde extérieur que celui qui s’est offert à ses yeux ce jour où, tout juste âgée de 17 ans, elle quitta le domicile de ses parents pour rejoindre celui de son mari. Hajja Latifa ne sort pas. Sa vie est réglée comme une horloge. Réveil quotidien précédant celui de son mari pour lui préparer, à lui puis aux autres, le petit déjeuner.  C’est ensuite le temps des rudes tâches ménagères. Pour se détendre, lorsqu’elle trouve un moment, elle se plonge dans la lecture du Coran. Une sainte femme, en somme.

Deux « enfants » continuent de partager le toit de leurs parents. L’aîné tout d’abord dont les revenus ne lui ont jamais permis d’envisager une autre vie loin des siens. L’aîné a 54 ans…ceci explique les guillemets pour enfants. Et puis, il y en a un autre, âgé de 45 ans, resté là lui aussi mais pour une toute autre raison. La schyzophrénie le ronge et lui envenime la vie depuis plus de vingt ans maintenant sans que rien n’y fasse. 

C’est donc tout ce petit monde qui déménage aujourd’hui dans de nouveaux appartements, plus coquets et plus ensoleillés. Hajja rêvait de vivre dans un appartement d’où elle pourrait voir le ciel…car dans l’ancien, ce luxe ne lui était pas donné. Elle ne parlait pas de ciel, en réalité…elle ne se lassait pas de répéter qu’elle voulait garder un regard sur Dieu. Cela lui manquait tant. On ressentait que l’enfermement la plongeait effectivement dans une profonde mélancolie.

Première journée…puis première nuit…chacun se trouvait de nouveaux repères. De nouvelles habitudes naissaient. Et le bonheur était de tous les instants. Le bonheur simple d’une petite victoire sur la vie.

Passée une semaine, un matin, quelqu’un sonna a la porte. L’aîné alla alors ouvrir. C’était le voisin, un certain Abbas, professeur de biologie à la faculté de sciences. Après les présentations, Abbas fut invité à rentrer. On lui prépara un thé. C’est alors qu’il fit part aux Foulane d’une bien étrange histoire qu’il ne pouvait continuer de garder pour lui. Cela lui pesait sur la conscience.

L’étage où se situait l’appartement des Foulane ne comportait que deux appartements : le leur et celui de Abbas. Les Foulane avaient acheté sur plan le plus grand des deux appartements, en fait plus grand d’une quinzaine de mètres carrés seulement. Abbas apprit aux Foulane que contrairement à ce qui était prévu, ils occupaient le plus petit des deux appartements.

Pourquoi donc, me diriez-vous ? Et bien pour la simple raison que les techniciens chargés de procéder à la numérotation des appartements s’étaient trompés et n’avaient pas observé les règles consacrées en pareil cas. Ils procédèrent à l’opposé de ce qu’il fallait normalement faire. Devant l’évidence de l’erreur, en plus, le promoteur avait choisi de se taire au lieu d’en informer les malheureux propriétaires. La suite de l’histoire importe peu.

Ironie de l’histoire…notre valeureux promoteur est en voie d’être introduit en bourse. Vous avez dit erreur ?







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