Ecrire, c’est souffrir.

21042009

Ecrire, c’est souffrir. Car souffrir nourrit l’inspiration et renforce l’audace. Le courage est alors sans limite. La souffrance est une source d’énergie insoupçonnable pour qui veut bien s’en faire l’interprète. Autant dire que pour écrire, au-delà du fait qu’il faille savoir tenir une plume, traduire un sentiment ou une idée dans des mots puisés dans le vocabulaire et respecter les règles de la grammaire…il faut surtout pouvoir être téméraire.

Ecrire en faisant bon ménage avec le conformisme ou en se soumettant aux limites imposées par la normalité vide l’exercice de son sens. Ecrire, ce devrait au contraire être prendre des risques … sortir des sentiers battus. Ecrire sans briser les tabous ni franchir ces lignes invisibles que l’on dit rouges, c’est tourner en rond. Ce n’est qu’un pis aller. C’est sans intérêt.

Ecrire dans l’adversité, c’est participer à l’effort qui réduit le chemin qui sépare des idéaux. Ecrire autrement, dans l’indifférence du sujet,  équivaut au contraire à tourner le dos à l’avenir.




Il est mort le soleil

14042009

Main dans la main, ils se promenaient à l’abri des regards indiscrets. Elle ne s’était pas encore défaite de son tablier et portait toujours son cartable en bandoulière. Preuve qu’elle était sur le chemin du retour à la maison. Du haut de ses seize ans, elle était en pleine découverte du sentiment amoureux, ce sentiment qui, parfois, agit avec la force de la foudre et rend aveugle aussi. Dans sa poitrine, son cœur palpitait d’une émotion qu’elle n’avait jamais connue jusque là.

Lui était légèrement plus âgé.

Deux jeunes adolescents, en somme, deux jeunes amoureux en venant à ignorer le monde qui les entoure sous l’effet de la passion naissante. Les doigts de leurs mains entremêlés, à pas lents, ils marchaient. A la faveur du moindre abri, assurés que nul ne les guettait, ils s’embrassaient parfois furtivement. Maigres moments de plaisirs volés. Il faut dire que les traditions sont lourdes et que même un petit baiser volé peut encore choquer. A cet âge là, l’amour se vit à la sauvette. On aime comme on resquille.

Alors qu’ils poursuivaient leur tendre promenade, un véhicule se figea à leur niveau et, avec une rapidité déconcertante, deux policiers en surgirent. Le spectacle fut affligeant, images de bonheur opprimé. Le bonheur élevé au rang de délit. Vérification de pièces d’identité, fouilles au corps à l’intérieur du véhicule, menaces d’embarquement au poste de police, rien ne leur fut épargné … pour un fait dont il ne « soupçonnait » pas la gravité … Les policiers agissaient avec un excès de zèle manifeste, encouragés en cela par l’extrême fragilité de leur triste prise, par leur naïveté et leur inexpérience de la vie. Les policiers jouaient à faire peur, sans vergogne.

Les adolescents suppliaient. Ils étaient terrorisés et redoutaient plus que tout l’idée que la nouvelle de leur mésaventure parvint à leurs parents. Finalement, les policiers se décidèrent à repartir, laissant sur le trottoir les deux tourtereaux auxquels, ils ne manquèrent apparemment pas de faire auparavant plus d’une remontrance, comme s’ils en avaient le droit. Ils s’assurèrent aussi, avant de démarrer, que chacun des deux adolescents prit une direction opposée. Pour être certain qu’ils ne recommettraient pas le « crime » de se prendre la main ou d’échanger un baiser, même furtif.

Pour ces deux adolescents, l’amour est mort. Et si un jour, il revit, il n’aura jamais plus les couleurs de celui qui emplissait leur cœur jusqu’à ce jour où deux irresponsables décidèrent de lui porter un coup fatal.

       




L’innocence bafouée

6042009

Il était un enfant joyeux comme pas deux au monde. Il débordait d’énergie. Ses journées semblaient trop courtes pour lui permettre de consommer son enfance avec la fougue dont il débordait. Rien n’était suffisant pour assouvir son ardeur. Après que les jeux d’enfants n’eurent plus aucun secret pour lui, il multiplia les activités pour se découvrir, un jour, une véritable passion pour la planche à voile. Aux aurores il se levait alors et prenait le chemin de la plage, priant que les Dieux des vagues soient avec lui. Ce n’est que la nuit tombée qu’il revenait chez lui, l’esprit braqué sur le petit matin qui allait suivre et l’image de la planche glissant sur les vagues en guise de véritable obsession.

Dans son regard, on pouvait lire que ce n’était que sous l’effet d’une contrainte indiscible qu’il réintégrait les quartiers familiaux. On pouvait y lire aussi que si le choix lui était donné, c’est ailleurs qu’il irait. Avec ses deux parents, son frère et ses deux soeurs, il vivait dans une promiscuité difficilement supportable.

L’exiguité de l’habitation rendait cette promiscuité d’autant plus insupportable que le père était alcoolique. Tous les soirs, ivre à ne pouvoir plus tenir sur ses deux jambes, il rentrait. Saisissant le moindre prétexte, il provoquait de véritables drames sous le regard de ses enfants, le plus souvent pétris d’angoisse et de peur. A la violence des mots succédait alors la violence des gestes.  

Il arriva même que cette violence paternelle atteignit un niveau tel que les enfants n’eurent, un jour, d’autres recours que celui d’alerter la police pour demander protection. Sous leurs yeux et sous ceux de leur mère, ils virent alors, plus d’une fois, des policiers extraire leur père du domicile familial et l’embarquer, menotté, dans leur fourgon.

Images indélébiles qui pourraient aider à mieux comprendre pourquoi cet enfant débordant d’énergie aurait préféré passer toute sa vie à voguer sur les flots plutôt que de rentrer chez lui, une fois la nuit tombée … la terreur au ventre. Sa dignité bafouée, sa dignité ignorée, il aurait bien sûr préféré être là où personne ne l’eut reconnu.

Quelques années passèrent. Un jour le père décéda … là où il aimait passer le plus clair de son temps, dans un bar, un verre à la main. La punition ultime. Image encore plus indélébile.

Printemps de l’année 2008. Une photo fait la une de la presse. Un déséquilibré, armé d’une arme blanche, a sévi aux quatre coins de la ville. Comme pris d’hystérie, il a provoqué la mort à trois reprises au moins. Sans raisons ni mobiles apparents. De la barbarie gratuite. D’autres victimes continuent d’être soignées à l’hôpital et leur vie reste sérieusement menacée.

Le déséquilibré est cet enfant qui, depuis, a mal poussé comme poussent les mauvaises herbes lorsqu’on ne donne pas à la terre les soins dont elle a besoin. Aujourd’hui, au lieu de s’imprégner de l’immensité de l’océan qu’il avait plaisir à fréquenter, cet enfant devenu un peu plus grand tourne en rond, entre les quatres murs de la cellule qui l’accueille. 

Maintenant, celui-là que l’on confinera dans un box demain, dans l’enceinte du tribunal, pour le juger des meurtres qu’il aura commis, pourra-t-on, en toute conscience et justice, dire de lui qu’il est le véritable coupable du drame dont il n’a peut-être été qu’un acteur inconscient ? A bien réfléchir, je finis par penser qu’il devrait y aller du droit à donner la vie comme de celui de conduire une voiture. On devrait inventer le permis du droit de donner la vie. Un permis à points. Et l’Etat aurait la responsabilité de protéger l’intégrité physique et moral des enfants sans attendre que l’irréparable se produise. Cioran ne croyait pas si bien dire en écrivant : « ces enfants dont je n’ai pas voulu, s’ils savaient le bonheur qu’ils me doivent ! ». Eloquent, non?







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