Crise économique ou crise morale ?

7052009

La logique libérale est impitoyable. L’attrait du gain, seul, motive la décision d’investir. Sa réalisation demeure l’incontournable condition pour que l’activité se poursuive. Ensuite, dès lors que la profitabilité d’une affaire se dégrade et qu’il apparaît que, seul, son transfert puisse en rétablir le niveau acceptable, la décision semble aller de soi, sourde aux malheurs qu’elle peut engendrer. Comme si hommes et femmes ne pouvaient être dignes d’intérêt que pour leur seule participation à la formation du gain dans les conditions fixées par le maître des lieux. Plus de gain que prévu, oui … moins de gain, il faut déménager.

Face à la dégradation perçue de son seul point de vue, la solution semble donc toute trouvée pour l’entreprise. Il faut aller là où les conditions permettent de gagner davantage et plus encore. Il faut délocaliser l’activité, aller là où le gain se situera au niveau souhaité. Le point de vue de l’ouvrier ou de l’ouvrière ne compte guère. Il est sans intérêt car, de toutes les manières, nul compromis n’est possible. L’homme ou la femme présentent en effet le malencontreux inconvénient d’être moins dociles que la machine. Il est des concessions qui n’effleureraient même pas leurs esprits.

Le coût de la main d’oeuvre devenant pénalisant et nul compromis n’étant possible, beaucoup décident alors de se délocaliser, d’aller là où les hommes et les femmes sont réputés être  »meilleur marché » … l’homme et la femme réduits à un statut de marchandise, à une dimension odieusement mercantile. Il semble que certains pays de l’est ou du sud fournissent, en cela, un excellent et juteux vivier. Autant dire que dans cette logique, si nos valeureux entrepreneurs pouvaient disposer, quelque part sur la planète et en toute impunité,  de ressources humaines gratuites, ils n’hésiteraient pas un instant à y recourir massivement. Heureusement que l’esclavage n’existe plus que dans les livres d’Histoire.

Délocaliser une activité avec les conséquences pourtant prévisibles que cela peut avoir sur ceux qui en sont les victimes directes ou collatérales a quelque chose d’abject car dans l’ordre des priorités, il apparaît que l’homme ou la femme sont relégués au rang d’un objet quelconque et banal, ne présentant aucun autre intérêt que celui de leur utilité pour celui qui, à travers leur utilisation, va réaliser son gain. 

Ils peuvent avoir fier allure, tous ceux-là qui prétendent que de tels redéploiements relèvent d’impératifs stratégiques et que ce n’est qu’à ce prix que la nation conservera sa grandeur et préservera ses richesses. Si leur savoir les avait aidé à prédire la crise qui secoue aujourd’hui le monde voire, à défaut, à mettre au point seulement les outils qui permettraient d’en sortir maintenant qu’elle est bien installée, ils seraient bien évidemment crédibles. Mais rien de tout cela. Faute de faire oeuvre utile, ils essaient de brouiller l’image réelle qui doit retenir l’attention, la seule qui vaille la peine de nourrir de véritables inquiétudes. Le monde est en crise, oui …. et avant d’être économique, cette crise est tout simplement moral.

Les malheureuses victimes des délocalisations ne doivent pas nous faire oublier que la misère est parfois bien plus terrible ailleurs.  Des millions d’africains souffrent de famine. Des maladies endémiques déciment des populations entières. Des malades du SIDA meurent sans que cela ne semble émouvoir personne, faute de pouvoir recevoir les soins nécessaires. L’immigration clandestine se rappelle quotidiennent à nous à travers l’image de ces naufragés qui, dans le meilleur des cas, échouent, le corps inerte, sur les terres d’un pays rêvé comme étant celui de la délivrance.

La souffrance, même vécue à des degrés aussi divers, n’en unit pas moins celles et ceux qui en paient le prix fort car sous quelques cieux que cela se passe,  l’origine du mal est la même. Elle est dans l’immoralité de ceux qui érigent le lucre au rang de valeur supérieur. Ceux-là qui aujourd’hui ferment une usine ici pour aller s’installer là … en attendant que les mêmes raisons, un jour, provoquent les mêmes effets en les amenant, une fois encore, à se déplacer ailleurs … ceux-là se jouent de la vie des hommes dans la complice indifférence des acteurs d’une nécessaire régulation. Malthus aurait certainement apprécié être de ce triste siècle, lui qui préconisait que l’Etat cesse d’octroyer des aides aux pauvres car cela contribuait à en accroître le nombre.

Un souvenir me vient à l’esprit. Celui d’une tribu « primitive » d’Afrique. Dans cette tribu, l’on ne conservait du produit annuel de la moisson que les seules quantités jugées suffisantes pour que la population voient ses besoins satisfaits. Et lorsqu’il se dégageait un surplus, celui-ci était tout simplement détruit. Ce faisant, les populations de cette tribu visaient à se prémunir des conflits susceptibles de naître d’un commerce que nul besoin ne justifiait, somme toute.

Aujourd’hui, paradoxalement, dans un monde ancrée dans une crise morale profonde, c’est de cet Esprit Primitif que le monde devrait s’imprégner. Ce sont les principes qui le sous-tendent qui doivent être privilégiés. Faire autrement, c’est demander aux hommes et aux femmes à se préparer au pire … parce qu’une minorité d’accros aux jeux boursiers l’auront décidé ainsi. Triste perspective.







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