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Une banale histoire de folie ordinaire

25022010

Cet après-midi là, même le temps semblait être à la compassion. Depuis la fenêtre grillagée de la salle d’attente de l’hôpital psychiatrique, l’on pouvait observer combien le ciel était bas et lourd.  Dans la salle, l’atmosphère était tout autant pesante. L’on se serait cru dans l’aile d’une prison, en milieu carcéral. Le plus souvent accompagnés par l’un des leurs, les malades présents dans cette salle étaient comme étrangers à ce monde. Propos incohérents, regards hagards, silences que rien ne semblait pouvoir perturber, autant d’attitudes traduisant plus les unes que les autres des situations de profondes désespérances…de la souffrance aussi, qui sait, lorsque, dans leurs brefs moments de lucidité, les malades en arrivaient à se demander comment ils pouvaient ainsi perdre le contrôle d’eux-même et comment, du coup, ils en arrivaient à plonger ceux qui les entouraient dans l’angoisse et dans la peine.

Psychopathes, schyzophrènes, maniaco-dépressifs se bousculaient en se croisant dans cette salle lugubre sans même se voir. Ils donnaient l’impression d’évoluer, chacun, dans des contextes imaginaires si différents les uns des autres que cela faisait l’effet que des distances astronomiques les séparaient … alors même qu’ils n’étaient éloignés les uns des autres que de quelques pas seulement.

Manifestement, un grand nombre de ces malades n’en étaient pas à leur première consultation chez le psychiatre de permanence de l’hôpital. Certains mêmes y avaient, plus d’une fois, effectué de longs séjours. Les raisons  qui les y conduisaient était souvent les mêmes. La réapparition des crises les amenaient à se révéler dangereux pour eux-mêmes et pour leur entourage. Là, au comble de la crise et après une brève consultation, le psyciatre commençait par mettre un terme brutal au malaise en administrant à ses patients des injections aux effets redoutables.  Leur état stabilisé, du travail réalisé plus en profondeur pouvait alors démarré, si tant est que de tels efforts puissent agir sur des souffrances souvent indélébiles. Etait-ce un hasard, mais l’on pouvait aisément deviner, à leur humble apparence, que la plupart de ceux qui se trouvaient dans cette salle, ce jour là, étaient de bien modeste condition. C’est d’ailleurs souvent aussi en raison de cette condition là, précisément, que beaucoup de malades rechutent, ne pouvant tout simplement pas faire face aux frais requis pour leurs soins. 

Pendant que tout ce monde attendait son tour de consultation avec une patience que rien ne semblait pouvoir perturber, un nouveau patient fit son entrée, entourée de deux proches. Beau comme le jour et habillé à la dernière mode, le malade n’arrêtait pas de parler à haute voix, de divaguer devrais-je plutôt dire, alternant toutefois avec une maîtrise impressionnante l’anglais, le français et l’arabe. Aux côtés de ceux là qui étaient là pour les mêmes raisons que lui, ce nouveau venu était extrêment à l’aise et jovial. Il n’éprouvait ainsi aucune espèce de difficulté à se mêler aux autres. Il en vint même, moins d’une dizaine de minutes après son arrivée, à s’adresser à la maman d’une autre malade présente dans la salle pour lui demander si elle accepterait de lui donner sa fille en mariage.

Tant d’affichage dans le comportement mettait clairement son frère dans une situation inconfortable. Dans les yeux de ce dernier se lisait une immense gêne. Manifestement, lui même était en grande souffrance, non pas du fait d’une pathologie psychiatrique, mais du simple fait de sa présence dans cette salle, au milieu de gens auxquels il n’aurait jamais imaginé se trouver mêlé un jour. Si le choix lui en avait été donné, s’il avait su ce qui l’y attendait et qui il y aurait rencontré, jamais il n’aurait franchi le seuil de cette salle d’attente. Son angoisse se faisant de plus en plus intense, et comme pétri de honte de se retrouver dans un univers qui lui était jusque là inconnu, il fit alors signe à son autre compagnon pour lui suggérer qu’ils s’en aillent, comme ils sont venus, sans attendre de voir le psychiatre. Comme si la dignité valait plus que le souffrance.

Présent dans la salle pour y accompagner aussi son fils schyzophrène, et ayant assisté à cette scène, un homme d’une cinquantaine d’années se fit alors un devoir de le prendre à parti pour l’en dissuader. Il lui rappela qu’il n’y avait rien de honteux à aider un proche en souffrance à retrouver la paix. Que de le priver de soins équivaudrait à accroître l’intensité de sa souffrance. Et que telle n’était pas l’attitude naturelle que l’on puisse attendre d’un être proche. Il lui rappela enfin, aussi, aussi étrange que cela puisse paraître, que la maladie de son frère n’était pas une maladie honteuse que l’on pouvait cacher mais qu’elle n’était qu’une maladie, au même titre que toutes les autres, que nul n’en était à l’abri.  

Apparemment convaincu que nulle autre alternative ne s’offrait à lui pour que son frère puisse enfin trouver le soulagement et l’équilibre, et comme pour s’excuser quand même d’être là, au milieu de gens qui n’appartenaient manifestement pas à son milieu, il se fit presque un honneur, en tout cas une obligation de répondre, qu’avant de se retrouver dans cette salle d’attente, il était passé par l’une des plus prestigieuses cliniques de la ville. La psychiatrie n’étant pas la spécialité en médecine qui procure le plus de lucre, il n’y trouva naturellement pas de réponse au mal dont souffrait son frère. C’est là qu’on l’orienta alors vers l’unique endroit pouvant lui prodiguer des soins. Quand bien même cette histoire a connu une heureuse issue, est-il donc possible d’imaginer que la fierté, lorsqu’elle est excessive, peut rendre aveugle et sourd et conduire à l’indifférence ?  

 







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