La « protestocratie » ou le modèle de l’impasse en politique.

20 02 2012

Le monde arabe est sens dessus dessous. La rue a fini par prendre le pouvoir. Les manifestations massives et souvent réprimées dans le sang ont fini par venir à bout de régimes dictatoriaux considérés jusque là comme indéboulonnables. La Tunisie, puis l’Egypte, la Lybie et le Yémen sont tombés. Qui l’eût cru ? Mais c’est oublier que trop de misère et de confinement durable des peuples dans un statut de sujets dépourvus de droits économiques, culturels et sociaux ne pouvaient raisonnablement laisser présager d’autre issue que celles-là. La fin de l’histoire était facile à prédire. L’issue était inéluctable.

Lorsque la liberté est réduite à sa plus simple expression, lorsque la misère est profonde et que les inégalités sociales sont criantes, lorsque le désordre économique est érigé en système de gouvernance, lorsque la justice est défaillante, que l’administration est rongée par la corruption et que la classe politique agit plus dans une logique de gestion de fonds de commerce que dans un souci éthique de représentation et de défense des intérêts des citoyens alors, de toute évidence, la fin  ne peut raisonnablement être qu’inévitable.

Aujourd’hui, la Tunisie, l’Egypte, la Lybie et le Yémen se sont débarrassés de leurs dirigeants despotes. Pour autant, qu’ont donc apporté de palpable ces révolutions printanières aux populations de ces pays, du moins à celles et à ceux d’entre elles qui portent la marque des blessures profondes infligées par les régimes déchues ? Et passé l’enthousiasme provoqué par l’image éphémère d’un tyran prenant la fuite ou d’un autre se faisant massacrer par ceux-là même qu’ils dirigeaient de mains de fer, quel bénéfice concret ces peuples tirent-ils désormais de « l’ordre » nouvellement établi ?

Alors qu’ici et là, on fête déjà le premier anniversaire de la révolution, on ne peut qu’être marqué de voir que sur le terrain, plus d’une année après, en Tunisie, en Egypte, en Lybie et au Yémen, la situation politique et sociale reste confuse et, plus grave encore, les économies sont à genoux. Les plaies semblent tellement ouvertes et les moyens à mettre en œuvre pour redresser tout ce qui mérite de l’être d’une ampleur telle que l’avenir y apparaît incertain, voire imprévisible. Quel prix ces peuples devront-ils payer encore pour que leurs idéaux se traduisent dans leur quotidien par des acquis réels, des avancées sur la voie des rêves légitimes qu’ils nourrissaient sous l’empire de la terreur ?

Au-delà de responsabilité historique de ceux qui se sont rendus coupables de conduire leur pays vers l’impasse, se pose désormais, et dans l’urgence, la question de l’avenir immédiat de peuples se retrouvant dans des situations inédites.  Sortir d’un chaos pour se retrouver pris au piège d’un nouveau chaos serait terrible.

Observer ce qui se passe et en tirer les enseignements dans l’urgence auraient au moins une double vertu. Faire comprendre tout d’abord aux états qui continueraient de se complaire dans des systèmes qui tournent le dos à l’avenir que, les mêmes causes produisant généralement les mêmes effets, de continuer d’agir comme si de rien n’était leur serait purement et simplement fatal. Mais aussi, et surtout, trouver les outils à même de permettre aux états qui ont fait leurs révolutions de retrouver la sérénité, la paix et la concorde social.  

Protester pour protester ne peut être, in fine, qu’un pis aller s’il ne reste plus d’institutions pour reconstruire ce qui a lieu de l’être. En cela, la « protestocratie » ne peut pas constituer un modèle viable.


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Une réponse à “La « protestocratie » ou le modèle de l’impasse en politique.”

  1. 28 02 2012
    eva (08:27:26) :

    oui, l’impasse… mais, avaient-ils le choix ? Quels états manipulent par derrière (à peine cachés) toutes ces révoltes légitimes ? A qui profite toute cette misère ?

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